Btn retourLes amis de l'Adupp se retrouvent à Bréhat

 

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          En ce premier Juillet de l’an de grâce 2021 notre gentilhomme organisateur, G.O. dans l’ère moderne, avait prévu l’arrivée de l’été pour cette rétrospective de l’île de Bréhat avec un guide sympathique, mélangeant dans ses présentations le présent et le passé. Guide et G.O. même prénom, Merci les « Jean-Michel ».

Brehat JYR 1          Il nous fallait donc gagner l’île par l’Arc Ouest de la baie de St Brieuc, franchir Paimpol…et sa falaise qu’on n’a pas vue et embouquer le chenal en vedette rapide pour attaquer Bréhat par sa face Sud, après contournement et slalom dans le dédale de rochers qui protègent naturellement le site.

          Les dernières traces de brume se dissipaient quand nous embarquions sur la vedette, de bonne heure (9h15) et de bonne humeur. Hum ! pas pour tout le monde. Notre président et notre G.O. avaient le visage inquiet, à 9h10 il manquait 3 équipiers ! Ouf, à 9h12 pour l’un mais « black out » pour les deux autres. Et que penser de notre vice-président et de l’ami Gérard qui étaient tout guillerets dès 9h à voir les ADUPPiens arriver les yeux encore un peu gonflés ? Sans doute conscients des difficultés d’un réveil aux aurores, ils avaient tout simplement anticipé et prévu une escapade touristique la veille et un sommeil réparateur directement à la pointe de l’Arcouest. La sagesse quoi ! Quant à nos deux perdus, la panne d’oreiller conjuguée à des panneaux directionnels invisibles par des yeux encore endormis, ils ont carrément shunté le tour de l’île pour nous retrouver au premier engagement à pied avant le repas.

          Cette promenade apéritive nous a ouvert l’appétit de connaître le Bréhat profond, les bréhatins et bréhatines d’aujourd’hui et d’hier, que les touristes de passage (4000 par jour en été) ne prennent pas le temps d’appréhender en prenant « l’autoroute Sud-Nord » à pied ou à vélo électrique bien sûr.

Brehat JYR 2          Bréhat est une commune de 300 habitants permanents et 3000 avec les résidents secondaires qui vit essentiellement du tourisme. Il y a une mairie, une école primaire de deux classes, une poste, une église, un docteur, un Ehpad, une ferme et un maraîcher bio. C’est une île à 10 minutes en bateau du continent dont elle dépend pour l’eau, l’électricité,l’alimentation, les commerces et l’épuration. Aucune ruelle ou chemin n’est identifié, aucune maison ne porte un numéro. Quelle compétence pour la factrice ! Surtout l’été ! Toute nouvelle construction est interdite, seule la rénovation de l’existant est possible mais on a pu remarquer que les maisons et les espaces verts sont parfaitement entretenus. Comme beaucoup de villes de la côte cela entraîne des difficultés de survie des infrastructures que la nouvelle municipalité issue des dernières élections de 2020 a prévu de traiter en priorité, parait-il. Pour l’instant, la vie sur l’île s’organise avec les vélos de chacun car il n’y a aucun moyen motorisé individuel. Seul « le petit train », tracteur avec remorque, permet le transport de personne avec charge ou les matériaux de construction.

          Bréhat a aussi un historique que notre guide a pris plaisir à nous conter,émaillé de quelques anecdotes ou légendes.

          Fin dix-neuvième siècle, début du vingtième, des artistes sont venus fréquenter l’île pour rechercher l’inspiration et la quiétude sans qu’on puisse trouver un artiste de renom parmi eux. Des personnages importants ont associé le nom de l’île à leur vie ou leurs activités.

          Ainsi le Contre-Amiral Pierre-François CORNIC DUMOULIN est né à Bréhat en 1731 ou il est mort en 1801 après une carrière dans la marine royale sous Louis XV et Louis XVI. Il y fit construire plusieurs demeures du type petites malouinières que l’on retrouve encore aujourd’hui, toujours bien entretenues, et que le guide nous a montré au détour des chemins de notre promenade. L’avènement de la Convention en 1792 propulsa naturellement CORNIC DUMOULIN 1er maire de Bréhat. Nous nous sommes d’ailleurs invités pour déjeuner dans l’une de ses anciennes résidences devenue le Restaurant Crech’Kério. On peut y voir près des toilettes l’escalier de bord de son dernier navire, le REDMOR.

Brehat JYR 3          Autre personnalité marquante sur Bréhat, le « Bon Monsieur Maximilien KHAN ». A partir de 1900, il fit construire une villa emblématique et participa à la vie de la commune en achetant et entretenant un certain nombre de bâtiments. Ce « Bon Monsieur KHAN », de nationalité allemande, disparu totalement à la veille de la déclaration de la première guerre mondiale, c’était un espion ! Sa résidence se remarque encore aujourd’hui par son originalité et sa situation panoramique sur tout l’archipel. C’est pendant cette période, en 1907, que Bréhat sera le premier « site classé » de France sous Clémenceau.

           Après le repas, la visite de la Verrerie de Bréhat de renommée internationale s’imposait. Elle occupe une ancienne citadelle, vestige d’une occupation militaire avec remparts, traces de pont-levis et douves, entourant une place d’arme et des salles où sont installés les différents ateliers de la verrerie.

          Nous sommes restés dans la partie Sud de l’île en longeant son bord Ouest pour gagner la pointe St Maudez dont le site offre une des plus belles vues sur l’archipel bréhatin. Autre fierté de l’île rencontrée sur notre passage, le Moulin à marée.

          La pointe St Maudez , nom de l’île située à 4 km de là, est matérialisée bien sûr par la Croix St Maudez dédiée à ce Saint venu évangéliser ces païens d’îliens qui n’en voulaient pas particulièrement mais qui les sauva paraît-il d’un cataclysme qui les aurait fait finalement l’accepter. Cette légende n’a de vérité que celle que l’on veut bien croire des traversées en mer de saints qui arrivent en barques taillées dans le granit. Ils devaient être déjà saint en arrivant puisqu’on compte en Bretagne plus de saints que l’église catholique n’en a canonisé !

Brehat JYR 4Mais plus vraie est l’histoire de la construction du phare des Heaux de Bréhat que l’on aperçoit à l’horizon dans le prolongement du Sillon de Talbert et qui est l’œuvre d’un jeune architecte de la fin du dix-neuvième siècle, Léonce RAYNAUD. Sa nouvelle technique pour l’époque a été d’extraire de la pierre du Nord de Bréhat, de la faire taillée sur place bloc par bloc en prévoyant l’assemblage entre chaque bloc de façon à ce qu’ils soient montés sur le Récif des Epées comme un puzzle. Sa réalisation terminée en 1840 il se proposa d’aider à la rénovation de la petite chapelle St Michel perchée sur le point culminant de l’île et qui sert aujourd’hui d’amer pour la navigation. Cette chapelle surplombe l’anse dans lequel a été édifié le Moulin à marée de l’île. Nous connaissons ce type d’ouvrage, courant sur les bords de la Rance. Ici c’est la mer qui vient directement buter sur la digue qui ferme cette anse et qui par un système de vannage permet l’alimentation en eau de la turbine du moulin à marée descendante. Ce moulin date de 1638 et sa rénovation pour démonstration et maintien du patrimoine de 1990. Il complétait l’autonomie de l’île avec les moulins à vent pour la production de la farine. En ce moment, la retenue d’eau sert à un couple de Tadorn pour faire l’éducation maritime de leurs quatre petits !

          A quelques encablures de la Croix St Maudez on voit l’imposante île de Béniguet qui se distingue facilement de l’ensemble des petits îlots qui l’entoure. Cette île a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les années passées. Elle a été au centre d’une polémique économico-judiciaire à cause du projet de son propriétaire d’y faire fonctionner un hôtel de luxe (Resort que l’on dit maintenant). Ce projet ne verra pas le jour mais les bâtiments ayant déjà été construits sans autorisation seront conservés comme gites.

Brehat JYR 5          Autre sujet d’histoire récente, l’hydrolienne placée dans les profondeurs du courant fort qui longe le Nord de Bréhat. Elle devait fournir l’électricité domestique de l’île. A la suite d’une défaillance technique elle a dû être sortie de l’eau et placée sur barge pour réparation à Brest. Par malchance ce harnachement est tombé à l’eau et le projet avec, au sens propre comme au figuré. Mais EDF conserve ce site maritime pour continuer des expérimentations.

          La vedette de retour sur le continent étant prévue pour 17h30, nous avons dû délaisser le « Pont Vauban » qui relie le Sud et le Nord de l’île. Pont qui n’a de nom que par sa signification en breton « passage » et qui sert à dérouter le touriste de passage qui s’attend à un pont jeté pardessus un bras de mer et imaginé par ce célèbre bâtisseur. En fait un « passage » surélevé d’une largeur de charrette ! Vauban n’aurait certainement pas aimé voir son nom associé à une aussi petite réalisation appelée maintenant « Pont ar Prat ».

         Brehat JYR 6 A propos de breton trouvés au hasard de notre balade nous avons revisité les « Ty », « Ker », Coz », « Heol », « Pen » qui, comme chacun sait, signifie : le bout. Alors évidemment comment ne pas s’esclaffer quand une question partie de l’arrière du groupe demanda : et « Pen Houët » qu’est-ce que çà veut dire ? « Bout de bois » mon président !

          Il était temps de finir la journée avec les histoires plus ou moins macabres de Marie Montfort dans son « Cabaret des Décapités » et de la bigote veuve Cornic.

          Pas de retardataires pour l’embarquement, tout le monde est rentré incognito dans la vedette, le masque sur le visage. La mer était aussi calme que le matin et on a laissé Bréhat subir de nouveau les assauts de la brume qui s’était dissipée le matin. Pour certains, le siège de Bréhat c’était quand même « le jour le plus long ».

                                          Jean-Yves Gruel pour le texte et Jean-Yves Romagné pour les photos